jeudi 4 décembre 2014

Trop malins ( cerveau)

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"La méditation améliore le cerveau"
Le Point.fr publication 05/07/2014






Rencontre avec Antoine Lutz, chercheur à l'Inserm, qui explique au "Point" pourquoi les neuroscientifiques s'intéressent à la méditation.


Peut-on prouver scientifiquement que les exercices de méditation améliorent le fonctionnement du cerveau ? Antoine Lutz, chercheur à l'Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale), a participé à beaucoup d'expériences menées en France et aux États-Unis. Bilan (1).

Le Point.fr : Pourquoi les neurosciences s'intéressent-elles à la méditation ?
Antoine Lutz : Certains neuroscientifiques y voient un modèle prometteur pour explorer la neuroplasticité du cerveau, mieux comprendre les bases physiologiques qui sous-tendent le caractère subjectif de l'expérience méditative. Les électroencéphalogrammes et les scanners nous ont ainsi permis de scruter la dynamique et le recrutement spécifique de zones du cerveau pendant la méditation.
Peut-on déjà présenter des résultats ?

Oui. D'abord, nous avons constaté l'amélioration de certaines fonctions cérébrales. Plusieurs études, dont certaines menées par l'équipe de Richard Davidson, à Madison, dans le Wisconsin, dont j'ai aussi fait partie, ont montré qu'un entraînement soutenu à la méditation de "pleine conscience" accroît les capacités à maintenir son attention sur un objet sans être distrait. Une autre montre que la pratique de la compassion chez des méditants très avancés augmente la synchronisation des ondes cérébrales entre des parties très éloignées du cerveau. Or, la synchronisation est l'un des phénomènes essentiels de la conscience.
 

La méditation produirait-elle ainsi une conscience augmentée ?
Cela reste à démontrer. Ce type de méditation semble occasionner des changements dans la structure anatomique du cerveau, lorsqu'elle est pratiquée longtemps. Les chercheurs travaillent à tester des hypothèses prometteuses qui ne portent plus exclusivement sur le cerveau. L'une d'elles est que la capacité à réguler le stress par la méditation pourrait avoir un impact bénéfique sur des processus moléculaires importants pour la santé physique. Par exemple, un groupe de l'université de Davis en Californie a montré que trois mois intensifs de méditation affectaient l'activité des télomérases, enzymes essentiels dans la protection contre le vieillissement cellulaire. Nous avons montré aussi récemment avec le Dr Perla Kaliman de Barcelone qu'un jour de pleine conscience réduisait l'expression de gènes impliqués dans l'inflammation.
 

Quels sont les autres défis de cette recherche ?
Un défi méthodologique : faire la différence entre ce qui relève de la méditation en tant que telle et ce qui provient d'autres facteurs. Ainsi, quel est le principe actif ? La technique elle-même, le charisme de l'intervenant, la croyance des élèves, ou simplement l'effet de groupe ? J'ai étudié la question avec Donald MacCoon de l'université de Madison. Nous avons comparé les méditants à un groupe actif entraîné avec d'autres techniques affectant le stress ou le bien-être, comme la thérapie musicale, l'exercice physique et la diététique. Nous avons trouvé un effet d'entraînement comparable avec le groupe contrôle sur certaines mesures, même si les effets de la méditation restaient spécifiques sur des mesures de la réponse inflammatoire lors d'un stress social. C'est pour cela qu'il faut se montrer assez prudent vis-à-vis de résultats obtenus sans un groupe contrôle adéquat.
 

Vous semblez avoir peur de ne pas être pris au sérieux ?
C'est que la rigueur scientifique est essentielle dans ce domaine. Dans les années 1970, la qualité scientifique des recherches autour de la méditation transcendantale était très faible. Résultat, ce fut un faux départ et il a fallu attendre une dizaine d'années pour voir les premières publications scientifiques sérieuses sur ce sujet. Qu'est-ce qui a déclenché ce nouvel intérêt ? Des programmes cliniques comme la méditation de pleine conscience de Jon Kabat-Zinn. En outre, depuis 1987, les dialogues organisés par le Mind & Life Institute entre des scientifiques et le dalaï-lama ont joué un rôle moteur. La méfiance de la communauté scientifique s'est dissipée quand des chercheurs établis se sont investis dans cette recherche, d'abord pour trouver des recettes contre les douleurs chroniques, le stress, les troubles de l'humeur, la rechute dans la dépression... Puis la recherche s'est élargie à la psychologie et aux sciences cognitives ainsi qu'à la biologie moléculaire, à la génétique, etc. On étudie aujourd'hui des applications sociétales de la méditation, dans l'éducation et dans le monde carcéral.
 

C'est tout cela qu'on appelle les "sciences contemplatives" ?
Oui, toutes ces recherches qui portent sur les pratiques contemplatives comme la méditation bouddhique, le yoga, les pratiques contemplatives chrétiennes, etc. Le Canadien Mario Beauregard a étudié des soeurs carmélites en prière. Mais il reste encore de larges champs à défricher. Par exemple, pourquoi la pratique tantrique du Tummo a-t-elle pour effet de pouvoir contrôler la température corporelle ? On ne sait pas encore très bien comment ça marche. (...)
 

On parle de plus en plus d'amplifier nos capacités cognitives par la technologie. La méditation serait-elle une manière plus "naturelle" de le faire ?
Ce n'est pas son but premier, même si le parallèle est parfois fait. On la compare ainsi avec les techniques de neurofeedback pour interagir avec les ondes cérébrales par l'image, le son et l'électricité, au moyen d'électroencéphalogrammes. Certains scientifiques se demandent aussi comment la neuro-ingénierie pourrait accélérer le développement de l'expérience contemplative.
 

Quel rôle joue le Mind & Life Institute ? Sa conférence annuelle est devenue le Davos de la méditation. Mais c'est un organisme d'inspiration bouddhique. Vous ne craignez pas le prosélytisme ?
C'est un catalyseur. Son rôle n'est pas de financer les recherches, mais de promouvoir une recherche d'excellence. Après, si ses responsables allaient trop loin dans le sociétal, surtout l'éducation, on pourrait s'inquiéter d'un possible prosélytisme. Il faut être là aussi très prudent. Le rôle de la science, c'est la recherche fondamentale au sens pur. Il faut accepter de publier des résultats négatifs et reconnaître que la méditation ne marche pas toujours. Willoughby Britton, chercheuse à la Brown University, a ainsi commencé de faire l'inventaire des problèmes posés par les retraites intensives. Elle a constaté quelques très rares cas de problèmes psychiatriques, des gens qui ont pratiqué intensivement et sans supervision, ou qui avaient des problèmes psychologiques à l'origine. Ce qui montre qu'il faut absolument se poser la question : la méditation est-elle faite pour tout le monde, et notamment pour les enfants ou pour les schizophrènes ?
 

Et l'utilisation des résultats scientifiques pour vendre les techniques méditatives comme outils de performance et de relaxation ?
C'est un autre écueil. Plus la méditation devient populaire, plus les gens en parlent sans vraiment savoir ce que c'est. Les scientifiques peuvent lutter contre cela, en montrant les différences entre les pratiques. Il n'y a pas qu'une seule méditation, comme il n'y a pas qu'un seul sport. Chaque sport fait travailler plus ou moins la cardio, les différents muscles, le contrôle moteur... De la même manière, il y a des familles de méditation. Dans la tradition bouddhique, certains manuels parlent, sans doute de manière métaphorique, de 84 000 formes de méditations. L'enseignant doit choisir celle appropriée à chaque individu.


(1) L'ensemble de l'interview est à lire dans Le Point Références, "Aux origines de la méditation- Les textes fondamentaux"

Même les molécules n'en croient pas leurs yeux ( inflammation)

Pour un résumé plus technique et en anglais voyez sur notre site l'article intitulé "méditation et inflammation texte en anglais" 

"La méditation pleine conscience modifie les molécules inflammatoire."

Planète Santé 
Slate 04 01 2014

Une étude internationale vient d’apporter une nouvelle preuve des changements intimes (à l’échelle moléculaire) que peut induire une forme de méditation. Cette pratique pourrait être utilisée à des fins thérapeutiques contre les mécanismes inflammatoires.
C’est une nouvelle preuve des changements que la pratique de la méditation provoque au niveau moléculaire. Elle vient de nous être fournie par un groupe de six chercheurs travaillant aux universités du Wiconsin-Madison, Barcelone et Lyon. Tous tentent de comprendre par quelles voies la méditation pourrait avoir des effets bénéfiques pour la santé. Des approches similaires avaient déjà fourni des résultats positifs concernant l’hypertension artérielle ou l’anxiété.
De l’avis de ses auteurs il s’agit ici de la première étude mettant en évidence des modifications aussi rapides de l'expression de gènes –des gènes déjà connus pour être les cibles de médicaments anti-inflammatoires et antidouleur. Ces résultats pourraient ainsi ouvrir la possibilité d’interventions non médicamenteuses des troubles inflammatoires. Les résultats sont à paraître dans la revue Psychoneuroendocrinology (1).

Mindfullness

On parle ici de méditation «pleine conscience». De quoi s’agit-il? «D’une approche dans laquelle on apprend à modifier sa propre attitude face, notamment, aux symptômes de la dépression – et non d’une énième technique curative visant à éliminer ces symptômes, peut-on lire par ailleurs sur planetesante.ch (Marina Casselyn, Dr Guido Bondolfi). Dans une situation engendrant de la peine ou de la douleur, nous avons tous, d’habitude, deux types d’attitudes automatiques: soit tenter d’éviter la souffrance, soit essayer de la contrôler. Or, chez les personnes ayant déjà souffert de dépression, ces deux réactions automatiques facilitent les rechutes. Et alors, comment s’y prendre? C’est pour répondre à cette question qu’ont été développées des pratiques méditatives appliquées à des problèmes psychologiques, comme alternative aux traitements antidépresseurs de longue durée. La méthode de la pleine conscience, ou mindfulness, est un entraînement de l’esprit pour focaliser son attention, intentionnellement, sur les sensations douloureuses avec bienveillance, voire avec curiosité.»

Huit heures de pratique

Les chercheurs expliquent avoir exploré quelques-uns des impacts biologiques d’une journée de huit heures de pratique intensive de cette méditation de pleine conscience. Ils l’ont fait sur un groupe de dix-neuf personnes déjà rompues à cet exercice. Ils ont fait de même sur un groupe de vingt et une personnes qui ne l’étaient pas (groupe contrôle) et qui se sont livrées à des exercices de simple relaxation. Les explorations ont porté sur l’expression de certains marqueurs des rythmes biologiques ainsi que sur l’expression de certains gènes. Ces analyses ont été faites dans des cellules du sang circulant (cellules mononuclées) qui ont été prélevées avant et après les exercices.
Après cette unique intervention de méditation les chercheurs ont détecté différentes modifications biologiques. Celles-ci portent notamment sur une réduction de l’expression des gènes directement impliqués dans les processus inflammatoires (RIPK2 et COX2). D’autres modifications sont observées concernant le maintien des concentrations sanguines en cortisol. Ces phénomènes génétiques et moléculaires ne concernaient que les personnes du premier groupe. Il s’agit là, pour les auteurs de ce travail, d’une traduction biologique des effets de la pratique de cette méditation.

Dimension thérapeutique

C’est aussi selon eux la première étude à démontrer des modifications aussi rapides de l'expression des gènes dans de telles circonstances. De plus, ces modifications interviennent au niveau de l’activité de gènes ciblés par les médicaments anti-inflammatoires et analgésiques. Cette forme de méditation «pleine conscience» pourrait ainsi trouver pleinement sa place en tant qu’intervention à visée thérapeutique sur les processus inflammatoires.
Pour les auteurs il est clair, au vu de ces résultats, que nos gènes sont nettement plus plastiques dans leur expression que ce que peut laisser supposer une vision traditionnelle de la machinerie génétique. Une modification volontaire de notre fonctionnement cérébral (comme cette forme de méditation) peut avoir des conséquences biologiques qui pourraient être utilisées à des fins médicales.
(1). Un résumé (en anglais) de ce travail est disponible ici; et un résumé plus technique ici.
Jean-Yves Nau

Win Hof, l'homme qui n'a jamais froid

Les maladies inflammatoires ?




Le néerlandais Wim Hof (ci-dessus) est mondialement connu pour sa capacité à résister au froid. En suivant son programme d'entraînement fondé sur de techniques respiratoires utilisées par les adeptes de la méditation, des volontaires ont réussi à moduler naturellement la réponse inflammatoire de leur organisme après exposition à une agression externe. Crédits : Wim Hof / www.icemanwimhof.com 

Suivre un entraînement à base de méditation, d’exercices respiratoires et de nage en eau glacée permet de réduire la réponse inflammatoire du corps face à l’intrusion d’une substance étrangère, révèle une étude publiée dans PNAS. De quoi nourrir l'espoir que cet entraînement aide aussi à lutter contre les maladies inflammatoires chroniques ? Si rien de tel n'a encore été montré, les auteurs de ce premier résultat n'écartent toutefois pas cette éventualité... 
Autant le dire tout de suite, tout dans l'étude que nous allons vous présenter ici sort de l'ordinaire. De quoi s'agit-il ? Des médecins néerlandais de l’Université de Radboud (Nimègue, Pays-Bas) ont réalisé une expérience suggérant que le suivi d’un entraînement à base de méditation, d’exercices respiratoires et de séances de natation en eau glacée permet de réduire la réaction inflammatoire déclenchée par l'organisme lorsqu'il est en contact avec une substance étrangère (rappelons que l’inflammation est une réaction de défense immunitaire du corps face à une agression externe).


Or, ce résultat a suscité dès sa publication outre-manche un immense espoir chez les patients atteints de maladies inflammatoires chroniques, comme la polyarthrite rhumatoïde ou les pathologies chroniques affectant l’intestin (comme la maladie de Crohn). En effet, même si l’étrange phénomène observé par les chercheurs néerlandais ne concerne que des inflammations de courte durée, ce résultat ne peut qu’inciter à émettre l’hypothèse que de tels entraînements quotidiens pourraient peut-être aussi permettre aux personnes souffrant de maladies inflammatoires chroniques de réduire l'inflammation qui envahit de façon excessive leur organisme, en réduisant les traitements anti-inflammatoires qu'ils prennent habituellement à cause de leur maladie.


Evidemment, présentée comme cela, une telle étude ne peut que laisser dubitatif. Et le fait d’apprendre que Wim Hof, ce néerlandais surnommé l’Homme de glace qui s’est rendu mondialement célèbre pour sa capacité à résister au froid extrême (Wim Hof est capable de nager 6'20" en apnée sous la glace polaire ou de rester 1h22  dans un tube rempli de glace), a été un acteur essentiel de cette étonnante expérience, risquerait probablement de ne rien arranger à l’affaire.


Et pourtant ! Il faut bien reconnaître que les résultats obtenus par cette équipe de recherche, dont les membres publient régulièrement leurs travaux dans les plus grandes revues scientifiques mondiales (lire la liste des publications du Pr. Peter Pickkers, auteur principal de cette étude), sont extrêmement troublants d'un point de vue scientifique. Et c'est d'ailleurs pourquoi cette étude n'a pas été publiée n'importe où, loin s'en faut : elle figure dans le dernier numéro des Actes de l'Académie Américaine des Sciences Annales (PNAS - Proceedings of the National Academy of Sciences), l'une des plus grandes revues scientifiques au monde. Une publication dont le site de la revue Nature s'est même empressé d'en faire un compte-rendu, dans un article intitulé « Behavioural training reduces inflammation ».


Toutefois, il est nécessaire de mentionner qu'il s'agit ici de résultats préliminaires, qui devront être reproduits et explorés plus en détail au cours de travaux ultérieurs afin de mieux comprendre ce qui se joue réellement d'un point de vue scientifique.


Ceci étant posé, voyons maintenant plus en détail la nature des travaux réalisés par les médecins de l’Université Radboud. A l’origine de ces travaux, il y a un étonnant test médical réalisé en 2010 sur Wim Hof (« l’Homme de Glace ») par Matthijs Kox, premier auteur cette nouvelle étude, sous la supervision du Pr. Peter Pickkers. L’objectif de ce test médical mené à l’époque ? Observer comment l'organisme de Wim Hof, qui prétendait à l'époque être non seulement capable de réguler la température de son corps mais aussi son système immunitaire, réagissait à un test inflammatoire bénin. Pour cela, Matthijs Kox a exposé l'organisme de Wim Hof à une toxine sécrétée par la bactérie E. coli, connue pour générer de la fièvre, des maux de tête et des frissons.


Résultat ? La réponse de l'organisme de Wim Hof face à cette agression extérieure a été beaucoup moins intense que la moyenne. En effet, les symptômes grippaux présentés par ce dernier ont été étonnamment modérés. Et surtout, il s'est avéré que Wim Hof  présentait un taux sanguin de protéines inflammatoires très inférieur à ce qui était normalement attendu.


Suite à ce premier résultat, Matthijs Kox, Peter Pickkers ainsi que d'autres médecins de l'université Radboud ont mené une nouvelle expérience, impliquant cette fois 12 volontaires. Ces derniers sont partis en Pologne durant 10 jours afin de suivre un entraînement inventé par Wim Hof, consistant à réaliser des exercices de respiration, à pratiquer la méditation de pleine conscience, à rester torse nu dans la neige ou encore à effectuer des séances de natation dans des eaux glacées.


A l’issue de ce cursus de formation de 10 jours, ces 12 volontaires sont revenus aux Pays-Bas, où ils ont alors subi un test inflammatoire analogue à celui que Wim Hof avait subi en 2010 (exposition à une toxine sécrétée par la bactérie E. coli). Un second groupe « témoin » de 12 personnes a également subi le même test inflammatoire, mais sans avoir préalablement suivi l'entraînement de Wim Hof.


Résultat ? Comme Wim Hof en 2010, ces 12 volontaires ont présenté une réaction inflammatoire très inférieure au groupe témoin. De plus, il s'est avéré que chez les 12 volontaires ayant suivi la formation de Wim Hof, les niveaux sanguins de plusieurs protéines associées à l'inflammation étaient beaucoup plus faibles que ce qui est observé habituellement. À l'inverse, les auteurs de l'étude ont constaté que le niveau sanguin de l'interleukine 10, une protéine qui a pour effet de réduire les réactions inflammatoires de l'organisme, était bien plus élevé que la moyenne.


Autre découverte : les scientifiques néerlandais se sont également aperçus que les 12 personnes qui avaient suivi la formation de Wim Hof avaient tendance à produire plus d'épinéphrine lorsqu'ils effectuaient leurs exercices respiratoires, et ce avant l’exposition à la toxine. Or, de précédents travaux avaient déjà montré que de grandes quantités d'épinéphrine ont pour effet d'atténuer la réponse immunitaire de l'organisme.
À l'heure actuelle, les auteurs de l'étude ignorent quel est le mécanisme biologique précis qui est à l'origine de la baisse de la réponse inflammatoire de l'organisme. Ils se contentent pour l'instant de faire l'hypothèse que le programme d’entraînement de Wim Hof a un effet sur le système nerveux, ce qui engendre des répercussions sur le fonctionnement du système immunitaire. En effet, on sait que le fonctionnement du système nerveux et du système immunitaire sont étroitement liés.


Quant aux vertus des différentes composantes du programme d'entraînement de Wim Hof, les médecins néerlandais pensent que les exercices respiratoires jouent une part probablement essentielle dans la modulation de la réponse inflammatoire de l'organisme.


Ces résultats signifient-ils que les patients atteints de maladies inflammatoires chroniques pourraient influer positivement sur leur maladie avec ce type d'entraînement ? A l'heure actuelle, il est absolument impossible d'affirmer cela. En effet, l'expérience a porté sur une inflammation de courte durée, et non sur une inflammation chronique.


S’il n'est donc pour l'instant aucunement possible de se prononcer sur les éventuels bienfaits de la méthode de Wim Hof concernant les maladies inflammatoires chroniques, c'est toutefois bel et bien cette éventualité que les médecins néerlandais vont désormais explorer au cours des prochains mois. Avec, il faut l'espérer, des résultats positifs également pour ces pathologies…
Ces travaux ont été publiés le 5 mai 2014 dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), sous le titre "Voluntary activation of the sympathetic nervous system and attenuation of the innate immune response in humans".

La méditation et l'inflammation ( texte en anglais)




La méditation et l'inflammation ( texte en Anglais)

Pour une traduction libre et un résumé en français  de cet article voyez sur notre site " la méditation pleine conscience modifie les molécules












Summary

Background

A growing body of research shows that mindfulness meditation can alter neural, behavioral and biochemical processes. However, the mechanisms responsible for such clinically relevant effects remain elusive.

Methods

Here we explored the impact of a day of intensive practice of mindfulness meditation in experienced subjects (n  = 19) on the expression of circadian, chromatin modulatory and inflammatory genes in peripheral blood mononuclear cells (PBMC). In parallel, we analyzed a control group of subjects with no meditation experience who engaged in leisure activities in the same environment (n = 21). PBMC from all participants were obtained before (t1) and after (t2) the intervention (t2 − t1  = 8 h) and gene expression was analyzed using custom pathway focused quantitative-real time PCR assays. Both groups were also presented with the Trier Social Stress Test (TSST).

Results

Core clock gene expression at baseline (t1) was similar between groups and their rhythmicity was not influenced in meditators by the intensive day of practice. Similarly, we found that all the epigenetic regulatory enzymes and inflammatory genes analyzed exhibited similar basal expression levels in the two groups. In contrast, after the brief intervention we detected reduced expression of histone deacetylase genes (HDAC 2, 3 and 9), alterations in global modification of histones (H4ac; H3K4me3) and decreased expression of pro-inflammatory genes (RIPK2 and COX2) in meditators compared with controls. We found that the expression of RIPK2 and HDAC2 genes was associated with a faster cortisol recovery to the TSST in both groups.

Conclusions

The regulation of HDACs and inflammatory pathways may represent some of the mechanisms underlying the therapeutic potential of mindfulness-based interventions. Our findings set the foundation for future studies to further assess meditation strategies for the treatment of chronic inflammatory conditions.

mardi 3 avril 2012

La méditation calme aussi les enfants



Sève se formera bientôt à la méthode pour les enfants. 


matt w moore

 "LE MONDE" |


Jeux vidéo, télévision, ordinateur... les écrans sont nombreux pour détourner l'attention des enfants. Cela peut entraîner des difficultés de concentration, d'endormissement, et plus d'agitation.

Pour les apaiser, la thérapeute néerlandaise Eline Snel a conçu une méthode de méditation adaptée aux enfants, qu'elle détaille dans son livre Calme et attentif comme une grenouille, qui vient de paraître aux éditions Les Arènes (134 p., 24,80 euros).

 Une méthode qu'elle a présentée mercredi 28 mars à Paris.

Eline Snel s'inspire de la méditation dite de pleine conscience (mindfulness), que le psychologue américain Jon Kabat-Zinn a développée aux Etats-Unis dès le début des années 1980, au départ conçue pour les adultes.

Elle est utilisée en France depuis 2004 à l'hôpital Sainte-Anne à Paris pour soigner les troubles anxieux et dépressifs. Cela consiste, selon le psychiatre Christophe André, qui a préfacé le livre, à "s'arrêter et observer, les yeux fermés, ce qui se passe en soi, sa propre respiration, ses sensations corporelles, le flot incessant des pensées mais aussi, autour de soi, les sons, les odeurs... à se concentrer sur les sensations". "Tel qu'il est pratiqué, cet outil est codifié et laïcisé et n'a rien de religieux", précise le psychiatre. Toute l'attention est portée sur le ressenti non verbal, corporel et sensoriel.


Mais n'est-ce pas trop difficile pour les enfants de méditer ? Si certains médecins évoquent leur perplexité, Eline Snel explique que "c'est un état plus ou moins naturel chez eux, à la différence des adultes, les enfants sont dans ce qu'ils font, quand ils mangent, ils mangent, quand ils jouent, ils jouent, etc." Lorsque sa fille, aujourd'hui âgée de 23 ans, lui a demandé, quand elle avait 2 ans, "comment je fais pour m'endormir, quand mon corps veut dormir et pas ma tête ?", la thérapeute a cherché une métaphore. "J'ai pensé à la grenouille, qui semble consciente de ce qui se passe à l'intérieur et à l'extérieur, raconte-t-elle. La pleine conscience, c'est simplement comprendre ce qui se passe maintenant, en adoptant une attitude d'ouverture et de bienveillance." Et en portant son attention sur la respiration.

Eline Snel a lancé en 2008 une formation appelée "L'attention ça marche !", aux Pays-Bas. Cinq écoles y ont participé, pendant huit semaines, à raison d'une demi-heure de formation par semaine et dix minutes d'exercice par jour. Des exercices qui ont continué durant toute l'année scolaire. Le gouvernement néerlandais subventionnait depuis ses débuts les enseignants qui souhaitaient être formés à cette méthode mais a décidé d'arrêter en janvier, crise oblige. Au total, environ 1 500 enfants de l'école élémentaire ont été formés.

Les effets sont visibles : les enfants se sentent plus en confiance, dorment mieux, sont plus aimables les uns envers les autres. Les enseignants, qui disent aussi mieux se sentir, constatent davantage de calme en classe, une meilleure concentration et plus d'ouverture d'esprit. "Il existe aujourd'hui un nombre croissant de travaux montrant l'intérêt de la méditation de pleine conscience auprès des enfants, pour l'équilibre émotionnel, les capacités de résilience, la qualité des échanges familiaux et les capacités attentionnelles, notamment dans le travail scolaire et les apprentissages", explique Christophe André.
Les exercices sont aussi destinés aux hyperactifs, dyslexiques ou ceux qui présentent des caractéristiques autistiques. Mais, prévient Eline Snel, ce n'est pas une psychothérapie.

Cette méthode arrive doucement en France. A l'instar de Charlotte Borch-Jacobsen, qui a commencé des séances de MBSR (réduction du stress fondée sur la pleine conscience) pour les enfants fin 2011. "Je recueille des douleurs physiques qui viennent souvent de petits soucis d'anxiété", dit cette kinésithérapeute. Le but : "Chercher à développer chez l'enfant une attention, le fait d'être là. C'est de la prévention des ruminations mentales." La MBSR aide, selon elle, à ramener son attention, à adoucir une douleur. Un outil qui apprend aux enfants à s'arrêter, à faire une pause.

Sans forcément appliquer cette méthode, de nombreux enseignants, notamment en école élémentaire, ont recours à des techniques pour apaiser les enfants : relaxation, "temps calme", yoga...

Dans tous les cas, ce sont des outils qui peuvent aider les enfants trop stressés, trop dispersés, trop anxieux à se recentrer, à s'apaiser "Nous constatons chaque jour que l'attention des enfants est de plus en plus volatile, ils sont. dans le zapping permanent, font plusieurs choses à la fois, ont de plus en plus d'activités et sont de moins en moins souvent sans rien faire", constate le docteur Pierre Larbey, pédiatre à Nîmes. Conséquence, la place pour la créativité se réduit.

Les adolescents consacrent de plus en plus de temps aux écrans et, si la méthode d'Eline Snel s'adresse aux enfants de 5 à 12 ans, elle prépare actuellement une méthode spécifiquement pour eux.